Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, les humains se préparent à s’aventurer près de la Lune. La mission Artemis II, dont le lancement est actuellement prévu au plus tôt le 6 mars, enverra quatre astronautes sur une trajectoire circumlunaire – une boucle autour de notre satellite naturel – les rapprochant de la Lune comme jamais auparavant depuis la mission Apollo 17 en 1972. Ce n’est pas seulement un retour symbolique ; cela marque un changement important dans la façon dont nous abordons l’exploration spatiale, avec une science intégrée de fond en comble.
L’évolution et le retard de la mission
Initialement prévu pour un lancement en février, Artemis II a été confronté à un retard en raison d’une fuite de propulseur découverte lors d’une répétition générale critique « mouillée ». Ce revers, bien que frustrant, souligne l’ingénierie méticuleuse requise pour les missions humaines dans l’espace lointain. La NASA a choisi de reporter le lancement pour permettre des tests et des améliorations supplémentaires, soulignant ainsi l’engagement du programme en faveur de la sécurité et de la fiabilité.
La mission Artemis II n’impliquera pas d’alunissage ; cette étape est réservée aux futures missions Artemis actuellement en cours de développement. Au lieu de cela, ce vol reflète la mission Apollo 8 de 1968 : une démonstration technologique cruciale conçue pour valider les systèmes de survie et les performances globales nécessaires à une présence humaine durable dans l’espace lointain.
Une nouvelle approche de la science spatiale
Alors qu’Apollo 8 avait pour priorité d’atteindre la Lune dans un contexte de guerre froide, Artemis II est fondamentalement différent. Comme le souligne la planétologue Marie Henderson, « la science et l’exploration vont de pair ; nous ne pouvons pas faire l’une sans l’autre ». Le programme Artemis ne vise pas seulement à retourner sur la Lune ; il s’agit de comment nous le faisons, en mettant l’accent sur la découverte scientifique.
Cette mission sera le premier vol habité du vaisseau spatial Orion de la NASA, qui a effectué un vol d’essai sans équipage autour de la Lune en 2022. L’équipage – Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et l’astronaute canadien Jeremy Hansen – embarquera pour un voyage de dix jours, parcourant jusqu’à 400 000 kilomètres de la Terre, plus loin qu’aucun humain ne s’est aventuré auparavant. La mission testera les systèmes nécessaires à l’habitation lunaire à long terme, ouvrant la voie à d’éventuelles missions humaines sur Mars.
Les astronautes comme instruments scientifiques
Artemis II adopte une approche innovante en utilisant les astronautes eux-mêmes comme sujets d’études scientifiques. Ils porteront des appareils pour suivre les mouvements, les habitudes de sommeil et les niveaux de stress, tout en portant des capteurs de rayonnement pour mesurer l’exposition aux particules nocives en dehors du champ magnétique protecteur de la Terre.
De plus, l’équipage fournira des échantillons de salive pour surveiller les changements du système immunitaire tout au long du vol. Ce qui est peut-être le plus frappant, c’est qu’ils transporteront des dispositifs « organes sur puce » contenant leurs propres cellules, permettant aux chercheurs d’étudier comment les vols spatiaux affectent la biologie humaine au niveau moléculaire.
Observation lunaire sans précédent
La mission Artemis II offre également une opportunité unique d’observation humaine de la face cachée de la Lune, une zone moins explorée que la face cachée. Même si les missions robotiques ont fourni des images et des échantillons, l’œil humain possède l’avantage d’identifier des changements subtils, tels que les impacts de météorites, et de percevoir les nuances de couleur et de texture que les caméras peuvent manquer.
Les astronautes d’Apollo ont brièvement aperçu la face cachée de la Lune lors de leur approche des sites d’atterrissage. Cependant, Artemis II offrira des vues prolongées en plein soleil, offrant ainsi aux scientifiques une évaluation visuelle sans précédent de l’hémisphère caché de la Lune.
Un équipage mieux préparé
Contrairement à l’équipage d’Apollo 8, composé en grande partie de pilotes d’essai ayant une formation scientifique limitée, les astronautes d’Artemis II ont suivi une préparation approfondie en géologie, en physique et en techniques d’observation lunaire. Des expéditions sur le terrain vers des analogues lunaires basés sur Terre, comme l’Islande et l’Arizona, ainsi que des simulations utilisant des cartes lunaires virtuelles, les ont équipés pour faire des observations scientifiquement précieuses. Cet engagement envers la formation souligne l’engagement du programme à maximiser le rendement scientifique de la mission.
La mission Artemis II est bien plus qu’un simple retour sur la Lune ; c’est un modèle pour une nouvelle ère d’exploration spatiale humaine, où la science n’est pas une réflexion secondaire mais une partie intégrante de chaque mission.
Le programme Artemis représente un changement fondamental dans la façon dont nous abordons l’exploration spatiale, en donnant la priorité à la découverte scientifique aux côtés des jalons techniques. Cette mission, bien qu’elle soit un tremplin vers la colonisation lunaire et l’exploration de Mars, remodèlera notre compréhension de la Lune et nous préparera aux défis du voyage dans l’espace lointain.
