La salle de musique de la Maison Blanche en 1968 était censée être un sanctuaire de bonne volonté. Ce n’était pas le cas. Eartha Kitt était là pour se produire devant le président Lyndon B. Johnson et la première dame Lady Bird Johnson. Elle a chanté. Puis elle a parlé. Et cette erreur a mis fin à sa carrière américaine.
Kitt a dit au couple que les enfants américains souffraient à cause de la guerre du Vietnam. Elle a qualifié le conflit de tragédie. La pièce est devenue froide. LBJ est sorti. Lady Bird Johnson a cessé de l’inviter à des réceptions. Ce n’était pas seulement une mauvaise critique. C’était une condamnation à mort pour sa popularité aux États-Unis.
L’effet liste noire
Kitt était une star. Elle était Catwoman dans la série télévisée Batman. Elle était une sensation internationale du cabaret. Mais après ce déjeuner, le téléphone ne sonna plus. Les agents l’ont laissée tomber. Les promoteurs sont restés à l’écart. La liste noire n’était pas toujours consignée dans un mémo. C’était une règle tacite au sein de l’establishment blanc propriétaire de l’industrie.
Elle ne pouvait pas obtenir de concerts. Elle ne pouvait pas se lancer dans le cinéma. Les médias américains, qui aimaient autrefois son personnage exotique, se sont retournés contre elle. Le récit est passé de « artiste » à « fauteur de troubles politiques ». Pour la plupart des artistes, ce genre de stigmatisation est permanent. Cela signifie généralement que vous passez vos années restantes dans une relative obscurité.
Kitt n’a pas disparu. Elle est allée en France. Elle a connu le succès en Europe. Mais de retour chez elle, elle a été effacée.
La révélation de la surveillance
Dans les années 1970, le silence commence à se briser. L’histoire a éclaté selon laquelle le gouvernement américain la surveillait. Les services secrets avaient conservé des dossiers sur Kitt. Ils surveillaient ses mouvements. Ils ont suivi ses communications.
Ce n’était pas de la paranoïa. Il s’agissait d’une surveillance systématique d’une femme noire qui osait critiquer la politique étrangère américaine. Lorsque cette nouvelle a fait surface, la conversation a changé. Le public, initialement nourri de black-out médiatique, a désormais pris conscience de l’ampleur des représailles.
Cette révélation n’a pas ramené la renommée des années 1960 du jour au lendemain. Mais cela lui a redonné sa dignité. Le déclin de sa carrière y était présenté non pas comme un manque de talent, mais comme une punition politique.
Récupération et héritage
Kitt est revenu sur la scène américaine. Elle a joué dans des théâtres qui lui étaient auparavant interdits. Le public n’était pas seulement curieux. Ils se sont excusés. L’histoire de surveillance a validé son expérience. Cela prouvait qu’elle n’avait pas imaginé l’hostilité.
Sa carrière s’est rétablie, mais elle n’a jamais vraiment ressemblé à ce qu’elle était avant 1968. Elle est devenue un autre type d’icône. Pas seulement un artiste séduisant, mais un survivant de la répression politique. Le déjeuner de la Maison Blanche reste une étude de cas sur la rapidité avec laquelle l’industrie peut écarter les artistes qui franchissent les lignes idéologiques.
Aujourd’hui, nous nous souvenons de sa voix. Nous nous souvenons de Catwoman. Mais nous ne devrions pas non plus oublier le coût qu’il y a à dire la vérité au pouvoir à une époque où l’État disposait des outils nécessaires pour vous faire taire. Kitt a survécu. Le système a essayé de s’assurer qu’elle ne le ferait pas.