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La Poigne de Fer d’Allonnes

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Cinq paires de manilles en fer. Il n’en fallait pas plus pour changer notre vision d’un petit village du Val de Loire français. Ils ont deux mille trois cents ans, sont froids et extrêmement rares. Trouvé à Allonnes en 2019. Annoncé récemment.

Cela change tout ce que nous pensions savoir sur cette poche spécifique de la Gaule.

Le site date du IIIe siècle avant JC. Ce n’était pas seulement un hameau, c’était un lieu de commerce et de culte. Les archéologues de l’INRAP (Institut national d’archéologie préventive) ont creusé pendant deux ans. Ce qui s’est produit suggère que le quartier était fréquenté par deux groupes de personnes que nous n’avons pas l’habitude de romancer.

Les forgerons.
Et les marchands d’esclaves.

On y trouvait des ateliers de forgerons, de bronziers et d’experts en tôlerie. Standard pour un hub tribal. Il en était de même pour les épées, les fers de lance, les harnais pour chevaux et les clés de haute qualité. Des objets riches. Armes. Puis vinrent les chaînes. Une retenue à double poignet. Un brassard à la cheville. Trois autres morceaux de métal brisés destinés à restreindre les mouvements.

La surprise est un mot trop faible pour décrire à quel point ces découvertes sont étranges. On ne trouve pas des menottes tous les jours. Surtout pas de cette époque.

Leur présence implique qu’Allonnes était un nœud de la traite négrière de la fin de l’âge du fer (environ 450 à 50 avant JC). Cela indique une hiérarchie rigide. Dominants et subordonnés.

“L’identification des contraintes et des armes suggère… des groupes dominants et subordonnés.”

Thierry Lejars, expert en ferronnerie celtique, le dit sans détour. Prisonniers ou esclaves. Les Gaulois, un groupe dispersé de tribus celtes, réduisirent en esclavage les prisonniers de guerre. Également des condamnés. Aussi les débiteurs. Ils ont perdu leurs droits. Leur liberté. C’étaient des propriétés achetées et vendues pour travailler les champs.

Nous ne savons pas grand-chose de l’esclavage celtique préromain. Ils ont laissé peu de traces. Surtout des mythes ou des interprétations de Romains qui les détestaient. Mais ces chaînes donnent la parole à l’invisible.

Regardez la taille.

Le dispositif de retenue du poignet ne mesure que 6 centimètres de diamètre. Deux pouces et quatre dixièmes. Cela convient à une femme. Ou un enfant. Il est suffisamment petit pour briser les os si vous tirez. La cheville pesait plus d’un kilo. Plus de deux livres de fer mort traînent autour de la cheville à chaque pas effectué. Imaginez porter ça toute la journée. Dans la boue. Dans les champs.

C’était aussi un site sacré.

A proximité se trouvait un sanctuaire religieux. Des offrandes d’anneaux, d’amulettes et de vêtements étaient enterrées. Mais ils ont été volontairement endommagés. Déformé. Mutilé.

Pourquoi détruire vos bijoux ?

Pour le transformer. Une possession banale devient un cadeau pour les dieux une fois que vous la ruinez. Isabelle Bollard-Raineau, experte en monnaies au ministère de la Culture, explique la logique.

Des centaines de pièces de monnaie ont également été trouvées. Ils ont duré cinq siècles. Un tiers d’entre eux étaient limés ou ciselés. Cisaillé.

“Suppression de la fonction commerciale de la pièce… pour consacrer l’objet au sacré.”

L’argent perd sa valeur. Cela prend un poids spirituel. Une offre permanente.

Allonnes était située au carrefour de routes anciennes. Le trafic est passé. Personnes. Marchandises. Des idées. Et des esclaves. Les trouvailles métalliques révèlent la vie de ceux qui se trouvent tout en bas de l’échelle sociale. Les impuissants.

C’est du lourd. Fer lourd, histoire lourde. Nous aimons considérer l’ancienne Gaule comme un lieu de sagesse druidique et de bravoure tribale. Cela nous rappelle que la hiérarchie était partout brutale.

Les chaînes ne parlent pas. Ils ne font que lier.

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