Robert Laidlow joue deux matchs à la fois. Il connaît les mathématiques de la technologie, des circuits et du code, mais il est également profondément ancré dans la tradition classique. Pas n’importe quelle tradition. Les choses sérieuses et difficiles. Ce nouvel album sur NMC Records montre ce qui se passe lorsque ces deux mondes entrent en collision.

C’est complexe. C’est sauvage. Et d’une manière ou d’une autre ? C’est accessible.

Ne vous laissez pas tromper. Les concepts de base ici sont lourds. Laidlow construit des structures qui semblent complexes, peut-être même intimidantes à première vue, mais il y a une invitation dans les notes. Une entrée.

Déformation

Regardons Warp. Un concerto pour piano de douze minutes qui ne perd pas son souffle. Il propose une solution musicale aux équations du champ gravitationnel d’Einstein. Oui. En fait. Joseph Havlat devient pianiste et il ne joue pas prudemment. Il plonge dans un espace-temps déformé, naviguant dans des lignes où l’orchestre monte en spirale, étirant chaque corde et chaque anche jusqu’au point de rupture.

Le piano continue de bouger. Elle tient le cap contre le chaos. À la fin, la violence laisse place à une étrange sérénité tranquille.

L’enregistrement capte tout. Le BBC Philharmonic, dirigé par Vimbayi Kaziboni, n’est pas ici qu’un simple bruit de fond. Ils sont vifs. Détaillé. Vivant.

Gravité

Vient ensuite la Gravité. Le Quatuor Piatti s’occupe de celui-ci. C’est un hommage à Newton. Des trucs de droit universel. Mais Laidlow ne le traite pas avec respect. C’est harmoniquement instable. Un peu verbeux, même. Le quatuor se lance dans des trous noirs musicaux, tirant sur les coutures de l’accordage standard.

Est-ce que ça traîne ? Peut-être pour une minute. Mais c’est la tension qui est au rendez-vous. Vous êtes censé ressentir le poids.

Silicium

C’est là que les choses deviennent bizarres. Et bien. Silicon est une pièce de la taille d’une symphonie en trois mouvements. C’est effronté. Il aborde la grande question : quel effet l’IA a-t-elle sur la créativité humaine ?

Dans Mind, le premier mouvement, Laidlow écrit de la musique pour combattre une machine. Plus précisément, une machine chargée de copier son style. Une image miroir qui riposte.

Body intègre l’électronique adaptative. Les taquins. Ils créent des deepfakes musicaux diaboliques, brouillant la frontière entre ce que l’orchestre a joué et ce que l’algorithme a généré. Vous commencez à remettre en question la source.

Et puis Âme. La finale. La BBC Philharthic se heurte à un algorithme entièrement formé sur son propre historique de diffusion. Les annonceurs fantômes crépitent dans le mix. L’orchestre combat son propre fantôme.

L’art imite la vie, mais ici, l’art imite un enregistrement de lui-même, traité par un cerveau de silicium qui pense qu’il est l’un des acteurs.

Il n’y a pas de nœud soigné à la fin. La musique vous laisse là. Les instruments s’estompent. Les données restent. Qu’entendez-vous réellement ? Une performance. Une simulation. Les deux? L’algorithme est toujours en cours d’exécution.